Médailles au cou, précarité dans les poches : le cinéma ivoirien hypocrite ?

Médailles au cou, précarité dans les poches : le cinéma ivoirien hypocrite ?

Je reviens de loin avec les mots forts de Fortuné Akakpo, récemment élevé au rang de Chevalier de l’Ordre du Mérite Culturel. Une distinction honorable, méritée, symbolique. Mais derrière les applaudissements et les médailles, une réalité amère persiste : les acteurs ivoiriens continuent de vivre dans la précarité.

Cette reconnaissance met en lumière un paradoxe troublant. Comment peut-on célébrer la culture ivoirienne tout en laissant ceux qui la portent acteurs, comédiens, techniciens survivre sans véritable sécurité financière ? Les cinéastes ivoiriens doivent aujourd’hui regarder la vérité en face, parfois même en rire jaune : le cinéma avance, les films sortent, mais les acteurs peinent à vivre de leur art.

La question devient alors urgente : à quand un véritable barème sur les cachets des acteurs ?
À quand des règles claires, justes et respectées pour encadrer les rémunérations, que ce soit pour les acteurs principaux, les seconds rôles ou les techniciens (électriciens, machinistes, costumiers, etc.) ?

Il faut aussi avoir le courage de se dire les choses entre nous. Si les acteurs eux-mêmes ne se prennent pas au sérieux, s’ils ne défendent pas leur métier comme une profession à part entière, personne ne le fera à leur place. Le ministère de tutelle ne peut pas tout, surtout si le secteur reste désorganisé, silencieux ou résigné.

L’élévation de Fortuné Akakpo au rang de Chevalier doit être plus qu’un symbole. Elle doit être un signal d’alarme, un point de départ pour une réforme réelle du cinéma ivoirien.
Car on ne peut pas bâtir une industrie culturelle forte sur la passion seule, pendant que ceux qui donnent vie aux histoires vivent dans l’ombre et le besoin.

Honorer les artistes, oui. Mais les faire vivre dignement de leur art, c’est encore mieux.