Critique Cinéma : Moi, la forêt et le hibou : quand la forêt devient le miroir d’une initiation

Critique Cinéma : Moi, la forêt et le hibou : quand la forêt devient le miroir d’une initiation

Et si une simple sortie de chasse pouvait devenir une rencontre avec l’invisible ?

C’est tout le pari de Moi, la forêt et le hibou, court métrage de N’Doko Vicky Yao, qui plonge le spectateur dans une forêt à la fois réelle, mystérieuse et sacrée. À travers Émile, un jeune homme revenu chez son grand-père, la réalisatrice explore la transmission des traditions et le rapport entre l’homme et la nature.

La force du film réside dans son atmosphère. Les plans larges donnent à la forêt toute son ampleur, tandis que les plans rapprochés et les gros plans attirent l’attention sur les visages, les gestes et les moments de tension. Ce contraste renforce le sentiment d’inquiétude et accompagne progressivement l’initiation d’Émile.

Cependant, quelques faiblesses viennent fragiliser la continuité visuelle. Dès les premières scènes, un grave problème de raccord est perceptible : lorsque le grand-père remet une plante à Émile en lui expliquant qu’elle les aidera à ne pas se perdre, celle-ci est visible dans sa main. Au plan suivant, elle disparaît sans qu’aucune action ne justifie ce changement.

Ce faux raccord rompt la continuité de l’action et peut distraire le spectateur. Certaines transitions apparaissent également rapides, limitant parfois le développement de l’intrigue.

Malgré ces imperfections, le film connaît une belle reconnaissance. Il remporte le Premier Prix national de la fiction à Clap Ivoire 2025, puis le Prix du meilleur scénario et le Prix de la meilleure interprétation masculine lors de la phase internationale. Il est également sélectionné au 36ᵉ Festival international du court métrage de São Paulo, dans la section Conexão Áfricas.

Ainsi, par sa mise en scène sobre, son cadrage évocateur et son ancrage culturel, N’Doko Vicky Yao transforme une simple chasse en véritable parcours initiatique. Un film court, imparfait par endroits, mais qui laisse une réflexion durable sur la tradition, la nature et la transmission.

SOUMAHORO ABDOUL KESSE