Khalima Gadji, le dernier plan d’une femme libre

Khalima Gadji, le dernier plan d’une femme libre

L’écran s’assombrit.
Le silence s’installe.
Et le cinéma africain perd l’un de ses visages les plus troublants.

Khalima Gadji s’en est allée le 26 janvier 2026 à Dakar, à seulement 36 ans. Une disparition brutale, presque irréelle, comme une coupure franche en plein milieu d’un film que l’on n’était pas prêt à voir finir. Depuis l’annonce, une onde de choc traverse les écrans, les réseaux, les cœurs du Sénégal à toute l’Afrique francophone.

Elle n’était pas qu’une actrice. Elle était une présence.
Un regard qui défiait.
Un corps qui racontait ce que beaucoup n’osaient pas dire.

Quand elle apparaît en Marième Diall dans Maîtresse d’un homme marié, Khalima Gadji ne joue pas un rôle : elle ouvre une brèche. Son personnage dérange, provoque, met le feu aux certitudes. Femme libre dans un monde qui préfère les femmes dociles, Marième divise l’opinion et oblige la société à se regarder en face. Le public se déchire, les débats s’enflamment, mais la série devient un phénomène. Et Khalima, une icône malgré elle.

Née à Dakar le 25 août 1989, entre racines sénégalaises et héritage maroco-algérien, elle grandit dans l’entre-deux. Très tôt, elle choisit la voie risquée de l’art, quittant les sentiers balisés pour suivre une intuition profonde. Autodidacte, elle apprend en marchant, en tombant, en se relevant. À ses côtés, son frère Kader Gadji, compagnon de route artistique.

Derrière la femme fatale que beaucoup fantasment, il y avait une âme fragile et lucide. En 2021, dans le documentaire Don’t Call Me Fire, Khalima tombe le masque. Elle parle de dépression, de blessures invisibles, de cette fatigue intérieure que même la lumière des projecteurs ne dissipe pas. Sa parole, rare et courageuse, résonne comme un cri étouffé dans un milieu où l’on exige souvent de sourire malgré la douleur.

Les hommages pleuvent aujourd’hui comme un montage de souvenirs : extraits de scènes, photos figées, dialogues devenus cultes. « Elle était vraie », « elle nous ressemblait », « elle nous a bousculés ». Autant de voix qui refusent de la laisser disparaître dans le silence.

Khalima Gadji n’est plus, mais son personnage, lui, ne meurt pas.
Il reste en suspens, quelque part entre lumière et ombre comme les grandes figures du cinéma.

Inna Lillahi wa Inna Ilayhi Rajioun.
Que la paix l’accompagne, et que le générique de fin lui soit doux.